Grève des travailleurs de CPN : le récit poignant des conditions de travail

Hauts-de-Seine. Les travailleurs sans-papiers de Sèvres réclament leur régularisation
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Onze travailleurs en grève depuis 14 mois ont manifesté devant la préfecture des Hauts-de-Seine à Nanterre mercredi 24 mars 2021. Sous leur bannière et les drapeaux de l’union syndicale Solidaires, ces ex-employés sans papiers de la société CPN (Comptoir des professionnels du nettoyage) réclament leur régularisation après plus d’un an de bataille. Ils ont obtenu les justificatifs professionnels qu’ils demandaient à cet ancien sous-traitant de la mairie de Sèvres le 15 décembre 2020 et depuis, ils sollicitent la préfecture.

### Pas de congés et des heures supplémentaires

Les employés qui nettoyaient les locaux municipaux ont commencé leur grève en octobre 2019 et se sont rassemblés régulièrement devant la mairie de Sèvres. « Ils ont réagi par rapport aux conditions de travail », explique Cyril Bellisi, responsable syndical de Solidaires dans les Hauts-de-Seine. Les grévistes rapportent de longues journées sans pause déjeuner, des heures supplémentaires impayées et du travail sous de fausses identités.

Au départ, ils étaient plus nombreux. Seize autres grévistes soutenus par la CGT ont repris le travail après un mois en 2019, avec la promesse d’avoir les documents pour leur régularisation. En réalité, parmi les grévistes restants, « seulement 2 des 11 salariés étaient encore membres de l’entreprise quand la grève a débuté, précise Solidaires sur Facebook. Les grévistes n’ont pas voulu faire le tri entre les membres actuels et anciens de l’entreprise sous-traitante de la mairie de Sèvres. »

Mohamed, un Mauritanien sans papiers de 33 ans arrivé en France il y a 11 ans, affirme avoir travaillé pendant plus de cinq ans pour CPN pour 800€ par mois. Il témoigne: « On n’avait pas de congés, ils ne nous payaient pas les heures supplémentaires. Parfois, on commençait à 7 heures et on finissait à 19 heures. »

### Travail sous alias

Salamakam, un Malien de 34 ans, a travaillé pendant un an et demi avec deux alias différents, l’identité de connaissances. « Normalement, si on a travaillé pendant un an, on doit aller en congés », explique-t-il. Selon lui, l’utilisation de plusieurs identités était une stratégie de l’employeur « pour éviter de nous payer les congés » et « si on ne voulait pas, on n’avait qu’à arrêter ». Lui se souvient qu’il gagnait 500€ par mois. Aujourd’hui, les grévistes bénéficient du soutien financier des syndicats et de cagnottes.

Selon le maire de Sèvres Grégoire de la Roncière, l’entreprise de nettoyage n’était pas au courant de ces fausses identités : « CPN a constaté que les personnes n’étaient pas forcément celles qu’elles disaient être, qu’il y avait des alias. Nous, on a découvert le pot aux roses au moment de la mise en grève. » La société n’a pas encore répondu à la sollicitation d’Actu Hauts-de-Seine.

La mairie n’a donc pas mis fin au contrat avec son sous-traitant. La délégation de service public a pris fin en février 2021, et la municipalité a émis un nouvel appel d’offres. « CPN était dans les concurrents comme les autres, mais le meilleur candidat n’était pas CPN », explique le maire.

### Vers la régularisation?

La mairie s’est néanmoins rapprochée de CPN via « de nombreuses réunions » pour qu’elle délivre les documents nécessaires à leur régularisation. Le 15 décembre 2020, les onze grévistes ont obtenu les précieux sésames : les attestations de concordance reconnaissant leur travail sous plusieurs identités et le Cerfa de promesse d’embauche.

Les grévistes souhaitent désormais effectuer « une demande de régularisation groupée » à la préfecture des Hauts-de-Seine. Le hic : « Après plusieurs courriers, mails, appels téléphoniques à la préfecture pour obtenir un rendez-vous afin de démarrer les démarches de régularisation, nous sommes confrontés au même mutisme », indique Solidaires dans son tract. C’est pourquoi l’union syndicale et les grévistes se sont mobilisés pour la deuxième fois, après un premier rassemblement le 12 mars.

### La préfecture attend leur réponse ?

De son côté, la préfecture explique ne pas avoir connaissance de ces tentatives de contact. Elle affirme : « Par mail du 10 juillet 2020, l’union syndicale Solidaires 92 a été invitée à communiquer les coordonnées des salariés en vue de fixer des rendez-vous pour prendre en compte les demandes d’admission exceptionnelle au séjour. » La préfecture ajoute : « Nous n’avons eu aucun retour à ce jour. »

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