A la suite de la diffusion sur Arte d'un document sur les Sonderkommandos, plusieurs personnes m'ont demandé d'en savoir plus sur l'histoire de mon père. En ce jour anniversaire de la libération d'Auschwitz, je vous propose ce document autobiographique lors de sa déposition le 15 mai 1945 à Cracovie, en Pologne..
Je m'appelle Fajnzylber Alter, je suis fils de Chaïm et Sara Kobialkowicz. Je suis né le 23 octobre 1910 à Stoczek, district de Lukow, garçon de métier, j'ai habité à Otwoszk avant mon départ de Pologne, célibataire, sans confession, de nationalité Polonaise. Depuis mon enfance j'ai vécu à Otwoszk avec mes parents et mes nombreux frères et soeurs. En réalité, sans avoir appris aucun métier, mon père, depuis que j'en ai le souvenir, était toujours malade. Il est actuellement décédé, comme ma mère, tous deux morts à Treblinka. J'avais cinq frères et six soeurs.
Je n'ai pas fréquenté l'école, je suis autodidacte et j'ai appris seul à lire et à écrire.
Actuellement, je parle 7 langues, c'est-à-dire polonais, français, yiddish, russe, espagnol, tchèque et allemand.
À l'âge de 15 ans je suis rentré en apprentissage comme menuisier. Arrêté pour la première fois pour trouble par la police en 1926 lors d'une grève organisée par les syndicats et plus spécialement par le syndicat des menuisiers, j'ai été libéré quelques jours plus tard ; l'affaire a été radiée, le plaignant, un particulier, ne s'étant pas présenté à l'audience. J'ai été arrêté de nouveau le 11 mars, accusé d'aider le parti communiste. Cette affaire a été jugée par le tribunal d'instance de Varsovie qui m'avait condamné à un an d'enfermement en forteresse. Une fois sorti de prison, j'ai été condamné pour la troisième fois pour appartenance au parti communiste. Le juge d'instruction m'a donné injonction de me présenter à la police. Avant même la clôture de l'instruction, j'ai été arrêté pour la quatrième fois le 25 avril 1930, pour activité au sein du parti communiste. Cette affaire a été jugée en même temps que la précédente et j'ai été condamné par le tribunal d'instance de Varsovie à une peine de deux ans de prison ferme et déchu de mes droits pendant 10 ans. J'ai effectué cette peine à la prison de Leczyca.
Durant les années qui ont suivi, j'ai été arrêté à de nombreuses reprises pour des raisons politiques mais sans être condamné soit en raison d'amnistie, soit pour d'autres raisons, ce qui fait que j'ai passé en prison cinq ans au total. Après être sorti de cette prison, j'ai travaillé de nouveau comme serveur tout en m'adonnant à mes heures libres, à des activités sociales.
La guerre d'Espagne :
En 1936, au moment de l'éclatement de la guerre civile en Espagne, j'ai commencé mon action de mobilisation pour recruter des gens prêts à partir pour soutenir le gouvernement de Negrin. Début 36, je me suis mis en route pour l'Espagne, en passant par la Tchécoslovaquie, en compagnie de 50 autres camarades. Les trois premières tentatives ayant échoué, je ne suis parti qu'en mai 37, clandestinement et sans papiers, en passant par la Tchécoslovaquie, l'Autriche, la Suisse et la France.
En Espagne, je me suis enrôlé dans la brigade de Jaroslaw Dabrowski, au départ comme simple soldat et ensuite comme délégué politique. C'est en tant que tel que j'ai pris part aux combats au front pendant un an et demi, jusqu'au moment où j'ai été blessé. L'accord conclu par Negrin qui prévoyait de faire évacuer du front tous les combattants internationaux, m'a trouvé à l'hôpital. J'ai de nouveau rejoint le front pour défendre Barcelone qui avait fini par se rendre. Après avoir lutté dans la brigade de Dabrowski, j'ai traversé la frontière Française et déposé les armes.
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