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01 mars 2008

Il y aun mois, les Progressistes engageaient une réflexion en vue de structurer le centre gauche en France et au plan international.

C'était il y a un mois à la Sorbonne. Les-Débats-Progressistes ont organisé, en présence d'intervenants internationaux, une journée d'étude sur La Voie Progressiste, au cours de trois tables-rondes rassemblant des politiques, des experts et des intellectuels et avec la participation de Tony Blair.
En voici les éléments de synthèse publiés sur le site Les-Progressistes.fr
Comment concilier l’insertion dans une économie mondiale, une croissance durable et respectueuse de l’environnement et un haut niveau de protection sociale ? C’est à cette question essentielle que le colloque organisé le 31 janvier dernier à la Sorbonne par Les progressistes.fr a voulu répondre en réunissant, autour de Tony Blair, des universitaires, des responsables politiques ou des décideurs privés venus de différents pays d’Afrique, d’Europe, du Proche-Orient, d’Amérique du Nord et d’Amérique du Sud. Issus pour la plupart de la gauche et du centre gauche, participant parfois à des gouvernements en place, les intervenants ont confronté leurs expériences, mesuré les effets pervers mais aussi les considérables potentialités créées par l’ouverture des marchés et tenté de dégager ensemble les contours d’une « voie progressiste ».

Dans son introduction Eric Besson, Président de les-progressistes.fr, a fixé au colloque qu’ils ont initié, un double objectif. Il s’agit d’abord d’approfondir une réflexion commune sur la nature de la mondialisation et sur sa nécessaire régulation. Assumant la réalité d’une économie globalisée et soucieux de faire aboutir les réformes indispensables, les progressistes doivent aussi inventer de nouveaux instruments d’intervention et de protection. Le second objectif n’est pas moins important puisqu’il vise à pérenniser le mouvement en cours. Le colloque de la Sorbonne se situe en effet dans la lignée des sommets progressistes initiés par Tony Blair et Bill Clinton au début des années 2000 et doit se poursuivre par une série de rencontres organisées au Brésil et à Londres au printemps et à l’automne 2008. Plus largement, Eric Besson* a appelé de ses vœux la constitution, l’échelle internationale, d’un réseau informel de femmes et d’hommes se retrouvant dans l’idée de progrès. (* cf ses discours d'introduction et de conclusion sur le site)
Les trois tables rondes successives sont venues compléter ces indications premières.
I. La première, présidée par le ministre brésilien de la Stratégie, Roberto Mangabeira Unger, intitulée « Mondialisation et progrès » portait sur la coopération et le développement. Le professeur de géopolitique Jacques Soppelsa, qui préside le Comité scientifique des Progressistes.fr, assurait l’organisation des débats.
Plusieurs éléments de conclusion sont ressortis de cette session.
Si tous les intervenants s’accordent pour voir dans la mondialisation une donnée structurante, qui conditionne l’action publique, ils refusent d’en faire un obstacle au progrès économique et social. Pour Roberto Mangabeira Unger, cette conciliation est possible à une triple condition. Elle passe par le refus d’un modèle unique dominant et l’affirmation d’une réelle pluralité des voies de développement. Elle suppose une démarche progressive et le respect d’un certain nombre d’étapes dans l’ouverture des marchés. Elle exige enfin une implication directe des citoyens et la multiplication des expériences alternatives, les solutions devant venir « d’en bas ». L’importance de l’échelle locale est d’ailleurs confirmée par le conseiller à la présidence du Bénin, Lionel Zinsou, qui montre comment les paysans africains, pourtant fortement dépendants des marchés internationaux, sont devenus les acteurs de leur propre développement. L’influence de l’investissement humain est également mis en exergue par la géographe Sylvie Brunel : reprenant les travaux d’Amartya Sen, elle affirme la supériorité des modèles de croissance privilégiant un soutien actif aux catégories les plus modestes sur ceux reposant sur la diffusion spontanée du progrès.
Les intervenants ne se contentent cependant pas d’énoncer des règles générales et mettent en avant un certain nombre d’exemples concrets. L’Afrique est ainsi l’objet d’une attention soutenue, toutes les communications ou presque soulignant sa meilleure intégration dans l’économie mondiale. Avec plus de 6% de croissance prévue en 2008, le continent noir a retrouvé, loin des visions paupéristes d’antan, une réelle attractivité. Ce succès est, pour Lionel Zinsou comme pour l’ancien Premier ministre centrafricain Jean-Paul Ngoupandé, à mettre au crédit des Africains eux-mêmes et des efforts considérables qu’ils ont consentis ces dernières années. En témoignent un taux d’épargne structurellement élevé (plus de 18% au Bénin en 2007 !), des finances publiques équilibrées ou l’impressionnante baisse de l’endettement. Dans ce contexte nouveau, les politiques d’aide publiques doivent être repensées. Le ministre français de la Coopération, Jean-Marie Bockel, plaide en faveur d’un partenariat d’égal à égal, tandis la France et l’Europe sont plus en plus concurrencées, sur le terrain africain, par de nouveaux investisseurs asiatiques ou proche-orientaux. Le président du Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD) algérien, Saïd Sadi, se place dans le même esprit d’une coopération renouvelée et souhaite encourager les pratiques de bonne gouvernance, indispensables selon lui à un véritable décollage du continent.
Si la mondialisation peut produire des effets positifs, elle exige également des réponses politiques globales, notamment dans la gestion de ses conséquences sur l’environnement. Pour l’ancien directeur de la London School of Economics Anthony Giddens, un consensus se dégage désormais autour du principe d’une responsabilité commune mais différenciée des Etats dans le réchauffement de la planète. Des actions conjointes sont désormais en cours, dans la logique des accords de Kyoto ou de Bali. La recherche d’un environnement meilleur pourrait d’ailleurs être, dans les prochaines année, une source importante de croissance. Les modalités de cette politique volontariste doivent cependant être précisées. Elle ne doit pas, tout d’abord, être un obstacle au développement des pays émergents, devenus de gros consommateurs d’énergie et de matières premières. Cette condition élémentaire est rappelée aussi bien par Sylvie Brunel que par Anthony Giddens et Jean-Paul Ngoupandé. Elle ouvre surtout la voie à une intervention publique accrue, réhabilitant au passage l’idée de planification, tant au niveau national qu’au niveau global (Anthony Giddens).
II . Ce rôle nouveau dévolu aux acteurs publics est également au centre de la deuxième table ronde « Quels outils pour lutter contre les inégalités ? ». Elle est présidée par le député canadien Thomas Muclair, Laura Kwiatowski assurant l’organisation des débats.
Une première impression de dégage de la session : les instruments utilisés apparaissent extrêmement divers et définissent, non pas une voie unique, mais une pluralité de modèles nationaux ou régionaux. L’Amérique du nord a ainsi recours à la discrimination positive : Thomas Muclair en décrit avec précision le fonctionnement, en insistant sur le rôle central joué par le juge dans la régulation du système. La question de son introduction en Europe continentale, et en particulier en France, est logiquement posée. Sans l’écarter absolument, Saïd Sadi la soumet à une triple condition : que la discrimination positive reste partielle et pondérée ; qu’elle soit gérée de façon démocratique ; et enfin , qu’elle soit établie à titre temporaire.
Mais au-delà des exemples particuliers, les intervenants ont voulu dégager des principes communs. Un consensus se forme pour affirmer l’insuffisance des systèmes purement allocatifs. Des politiques globales doivent être mises en œuvre, à l’exemple de celle, présentée par la député travailliste Patricia Hewitt, qui associe dans la circonscription de Leicester West, soutien scolaire, formation professionnelle ou maniement des nouveaux outils de communication. Autre impératif, ces politiques doivent être définies au plus près du terrain et être directement gérées par leurs bénéficiaires. Enfin, une attention particulière doit être portée à la sécurisation des parcours professionnels et à la prise en compte de l’expérience, tant au niveau national qu’international. Thomas Muclair insiste ainsi sur la nécessaire reconnaissance, d’un pays à l’autre, des diplômes et des formations afin de permettre la libre-circulation des travailleurs.
Le principal instrument de lutte contre les inégalités reste cependant, pour tous les intervenants, une politique active en matière d’éducation. Pour l’ancien ministre Claude Allègre, celle-ci doit essentiellement viser à assurer les conditions d’une véritable égalité des chances. Or, le constat établi dans ce domaine en France est particulièrement sombre, le nombre d’enfants de familles modestes accueillis dans les Grandes Ecoles ayant, par exemple, été divisé par deux en trente ans. Des mesures radicales s’imposent donc. Elles passent par une simplification des programmes de l’enseignement secondaire, devenus beaucoup trop touffus, par un meilleur ciblage des aides, et, plus fondamentalement, par une réhabilitation de la notion de mérite. En matière d’enseignement supérieur, l’exemple britannique est analysé de près, aussi bien par Claude Allègre que par Patricia Hewitt qui, tous deux, jugent socialement efficient le système de remboursement différentiel des droits de scolarité selon le niveau de revenu mis en place par Tony Blair.
III . Une politique sociale et économique efficace implique plus largement une redéfinition du « rôle de l’Etat ». C’est l’objet de la troisième table ronde, dont le président est le secrétaire d’Etat à l’Education du Royaume-Uni, Andrew Adonis, et le modérateur le journaliste Brice Couturier.
Un premier constat se dégage. Il existe des différences nationales fortes dans les attributions de l’Etat et les attentes qu’il suscite. Un frémissement se fait cependant partout sentir en faveur d’un retour de l’Etat-nation, appelé, sous des formes diverses, à concevoir, à réguler et à assurer en dernier ressort.
Cette action renouvelée répond à une triple exigence. La première est la mutabilité. Comme le rappelle Andrew Adonis mais aussi l’ancien conseiller de José Luis Zapatero, Carlos Mulas-Granados, l’Etat contemporain doit pouvoir constamment adapter son format, ses priorités et ses modalités d’action. Il peut ainsi être amené à réinvestir, de façon temporaire, des secteurs dont il s’était retiré, comme le montre aujourd’hui l’intervention de l’Etat britannique dans le secteur bancaire à la suite de la crise des subprimes. Deuxièmement, l’Etat ne doit pas hésiter à associer, lorsque cela est nécessaire, des acteurs privés ou associatifs à sa gestion. Enfin, il doit faire de la formation et de l’éducation sa principale priorité, les intervenants de la dernière session reprenant ici une des thématiques constantes du colloque.
Pour autant, l’Etat ne doit pas abandonner ses missions plus traditionnelles de protection. Le président de l’OFCE, Jean-Paul Fitoussi, s’attache à les justifier, non seulement au regard de la justice sociale, mais aussi de l’efficacité économique. Loin de constituer des obstacles, les mécanismes d’assurance sociale rendent en effet la prise de risque plus acceptable et favorisent les comportements dynamiques des agents privés.
Cette démonstration n’est cependant pas une invitation au statu quo. Les réformes de l’Etat sont nécessaires et plusieurs intervenants, s’interrogeant sur les conditions de leur réussite, insistent sur la nécessité d’y associer étroitement les partenaires sociaux. Pour Brice Couturier, les réformes doivent ainsi être compensées, notamment sur le plan financier, et offrir aux agents publics, en échange des efforts qui leur sont demandés, des avantages nouveaux.
Ce principe de compensation établi, un certain nombre de difficultés demeurent. Elles peuvent tenir à la méfiance des citoyens ou des organisations syndicales vis-à-vis des formes traditionnelles de la politique, comme le montre la ministre israélienne de l’éducation, Yuli Tamir. Elles résident parfois dans les délicats équilibres politiques ou institutionnels propres à chaque pays et dont se fait l’écho, à propos de l’Italie, le sénateur démocrate Antonio Polito. Elles sont parfois la conséquence de l’histoire récente d’Etats en transition, à l’exemple de la Russie analysée par le journaliste et politologue Fyodor Lukyanov. Les conditions concrètes du changement, par nature variables selon les Etats, doivent donc faire l’objet d’une attention particulière.
IV. Il revient à Tony Blair puis à François Fillon de prononcer les conclusions du colloque
Reprenant des propositions apparues au cours des précédentes sessions, l’ancien Premier ministre britannique Tony Blair dégage trois éléments susceptibles de définir une politique progressiste.
Le premier concerne l’Etat. Celui-ci doit être capable de se réformer et de s’adapter à une économie mondialisée, comme l’ont fait avant lui les entreprises privées. Il doit répondre aux nouvelles attentes des citoyens, notamment de la jeunesse, et offrir à meilleur prix une gamme de services diversifiés.
La deuxième exigence a trait à l’éducation, défi majeur des sociétés contemporaines et principale priorité des pouvoirs publics. Pour Tony Blair, la formation ne relève plus seulement d’une logique sociale. Elle devient un instrument de politique économique : face à la concurrence des pays émergents, Chine ou Inde, les pays occidentaux doivent investir massivement dans le capital humain afin de pouvoir offrir des biens et des services à très forte valeur ajoutée.
Enfin, une politique progressiste suppose une participation accrue des citoyens. Ceux-ci doivent être directement associés à la définition et à la gestion des services qui les concernent. Leurs demandes spécifiques, mais également les solutions qu’ils préconisent, doivent être prises en compte par les pouvoirs publics. Les partis politiques doivent être organisés au plus près de la population, afin de recueillir et transmettre ses avis.
François Fillon se retrouve dans ces orientations et souligne les éléments de consensus dégagés au cours du colloque : nécessité de réformer l’Etat et d’adapter ses modes d’interventions à la réalité d’une économie mondialisée, maintien d’un haut niveau de protection sociale, priorité donnée à l’éducation, refus de l’assistanat ou réhabilitation du mérite. Se trouve ainsi défini un programme de réformes qui, pour être mené à son terme, nécessite le concours de femmes et d’hommes venus d’horizons divers et qui, dans le cas français, justifie la politique d’ouverture menée depuis mai 2007.

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