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28 mars 2008

Cinéma : l’appel du Club des 13 pointe des dysfonctionnements financiers.

Un groupe de 13 professionnels a rendu hier un rapport indépendant qui propose de rénover le système de financement public, inadapté. Libération y consacre un dossier ce matin.
Une cinquantaine de journalistes étaient invités, jeudi matin, au cinéma du Panthéon. Face à eux, une bonne vingtaine de professionnels du cinéma. Scénaristes, acteurs, réalisateurs, producteurs, exportateurs, distributeurs ou exploitants étaient venus, un brin solennels, accompagner les treize signataires d’un rapport consacré au financement du cinéma français, rendu public le même jour. Les auteurs, c’est le «Club des 13» professionnels du cinéma, tous métiers confondus, qui planchent depuis un an et demi pour mettre noir sur blanc, et sur près de 200 pages, les dérives observées partiellement par chaque catégorie du cinéma.
Urgence.
A la clé, un constat alarmant : les mesures d’accompagnement du cinéma français ne viennent plus en aide aux films qui en ont le plus besoin. Des dysfonctionnements structurels, des dispositions obsolètes, voire des malversations, sans oublier les évolutions du marché et la position dominante de certains acteurs du secteur, comme les diffuseurs télé, ont fini par handicaper un système dont chacun, par ailleurs, souhaite avant tout la pérennité.
Tout a commencé le 25 février 2007, lorsque la réalisatrice Pascale Ferran a reçu le césar du meilleur film pour Lady Chatterley. Elle profite du moment où tout le cinéma français est coincé dans une même pièce pour prononcer un discours qui va faire du bruit dans le bourg. Elle y évoque une chaîne brisée, des systèmes de financement confinant parfois à l’absurde, une fracture entre films de plus en plus riches et d’autres de plus en plus pauvres, une certaine altération du goût du public et l’urgence de mettre tout le monde autour d’une table pour réfléchir. L’appel a été entendu et a propulsé Pascale Ferran porte-parole de cet acte original, voulu et organisé par des professionnels et commandé, pour une fois, par aucune instance gouvernementale.

Craintes.
Jeudi, au cours de la conférence de presse, tous ont vanté la vertu pédagogique du rapport qui «a permis à chacun de mesurer les difficultés de chaque secteur, tout en étant parfaitement libre d’exprimer les siennes», comme l’a souligné Pascale Ferran. Scénaristes - Gilles Taurand ou Cécile Vargaftig -, réalisateurs - Bertrand Bonello ou Lucas Belvaux -, producteurs - Denis Freyd ou Michel Saint-Jean - se sont ensuite succédé pour exprimer leurs craintes, voire leur amertume, mais aussi l’enthousiasme déclenché par cette initiative. Car le document est clairement le signal de départ d’une réflexion qui a vertu à réunir la totalité de l’industrie. A commencer, bien entendu, par l’Etat. Le document (1) vient d’être remis à Véronique Cayla, directrice du CNC.
Jeudi prochain, Christine Albanel, ministre de la Culture, recevra une délégation des auteurs. Pour poser la première pierre du chantier ou pour un enterrement de première classe ?Le rapport issu des concertations du Club des 13 offre un état des lieux des pratiques et des dysfonctionnements du financement des films en France. Constatant une baisse de la qualité des films d’initiative française (dont le nombre explose, 240 produits en 2005) et une bipolarisation accrue entre films riches et films pauvres, le texte décrit un monde professionnel qui, en dépit d’encadrements législatifs protecteurs, a perdu tous ses repères. Les anciennes solidarités du trio réalisateur-scénaristes-producteurs se sont disloquées.
La télé mise en cause.La méfiance s’est installée entre les secteurs et la faute semble en revenir principalement aux télévisions (exception faite de Canal et Arte, épargnées par les critiques), sources de financement quasi obligatoire pour des films au budget moyen («les films du milieu» selon l’expression de Ferran) et qui mettent sur tout le monde la pression du formatage :«Sujets, genres, scénarios, casting, délais et niveaux de financement, tout fait l’objet de contraintes de plus en plus drastiques et souvent arbitraires.» Les chaînes hertziennes publiques ont des obligations légales d’investir dans le cinéma, mais elles le font de plus en plus de mauvaise grâce parce qu’elles jugent que le cinéma art et essai ne génèrent pas d’audience. Les chaînes privées, via leurs filiales (Studio Canal pour Canal +, TFM pour TF1 et SND pour M6) créent une concentration des pouvoirs entre les mains de quelques diffuseurs, déséquilibrant le secteur : «Les montant des aides à la distribution sont dérisoires par rapport aux budgets de frais de sortie assumés par les groupes.» Parmi les propositions radicales du rapport, les auteurs préconisent que si un distributeur est affilié à une chaîne de télévision ou à une société contrôlée par une chaîne, il ne perçoit plus le fond de soutien automatique distribution.
Les grands groupes accusés. Autre cible du rapport : les grands groupes d’exploitation UGC, Pathé et Gaumont qui pressurisent les distributeurs indépendants en facturant l’affichage et la diffusion des bandes-annonces. «Dans les salles, les frais de publicité ont été multipliés par 20 entre 1998 et 2006, passant de 2,5 millions d’euros à 54 millions d’euros.» Les importantes marges arrières ainsi réalisées sur la confiserie et la publicité échappent à toutes taxes. Le rapport propose une taxation de 5,5 % sur ces marges venant abonder l’assiette du CNC en particuliers afin d’aider les exploitants indépendants à s’équiper en matériel numérique.
Le Club des 13 demande un doublement de l’enveloppe globale de l’Avance sur Recettes (de 22 millions d’euros à 40 millions d’euro) «sans que le nombre de films aidés ne soit augmenté (autour de 50 projets par an)».
L’exportation négligée. A l’autre bout du spectre, le secteur de l’exportation des films apparaît comme le maillon faible dans la réglementation, une zone non valorisée alors même que la production hexagonale se défend très bien à l’étranger (60 millions de spectateurs en 2007) : «A aucun autre endroit de la chaîne cinématographique, le système français n’a autant failli.» Deux solutions : la création d’un fonds de soutien automatique «export» et d’une «prime au succès» pour les réalisateurs en fonction du nombre de territoires vendus à l’international.

(1) A paraître chez Stock le 15 avril.

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