Au PS, on (re)commence à se déchirer
C'est le constat renouvellé fait par Maud Pierron dans le Journal du Dimanche. elle écrit ce matin qu'après "la victoire électorale, les couteaux sont de nouveaux tirés au Parti socialiste. Vendredi, Vincent Peillon a accusé François Hollande de vouloir s'arroger ce succès électoral au dépens des autres leaders socialistes, Ségolène Royal en tête. Et dans une tribune publiée par Le Monde, Lionel Jospin dresse le portrait du leader idéal du PS, qui, sans surprise, a les traits de Bertrand Delanoë.
Après la claque à la présidentielle et aux législatives au printemps 2007, le PS renaît à l'orée de ce printemps 2008, élevé au grain de la victoire. Des bastions historiques de droite basculant à gauche, huit départements tenus par la droite tombant au mains des socialistes: assez pour attiser les appétits... Et pour s'attribuer la paternité de ces succès pour prendre de l'avance dans la course au leadership socialiste. Si dès lundi, François Hollande convoquait toute la presse à Solférino pour disserter sur cette "victoire collective", le Premier secrétaire l'a joué un brin plus individualiste jeudi. Il a fait signer par 45 patrons de fédérations départementales socialistes un texte où ils réclament avant le congrès de novembre "un débat serein" pour définir des "objectifs précis engageant l'avenir du Parti socialiste". Un document reprenant les grandes orientations de François Hollande, qualifié par Vincent Peillon de "texte de fraction".
Ce soutien convaincu de Ségolène Royal a alors sonné la charge, s'interrogeant faussement: "On fait déjà des contributions? On est déjà dans des motions? C'est le contraire de ce qu'on avait décidé ensemble." Et de marteler que cette victoire est "celle de tous les socialistes, il ne faut pas l'utiliser à titre personnel". Car la page électorale à peine tournée, les regards convergent désormais vers la course au leadership socialiste. Ségolène Royal, qui s'est autodésignée, s'est placée en occupant le terrain durant la campagne. L'ambition non-avouée de Bertrand Delanoë est renforcée par son joli succès à Paris. Un Delanoë qui a reçu ce vendredi un appui de taille en la personne de Lionel Jospin, qui, au détour d'une tribune publié dans Le Monde de samedi, a dressé le portrait robot du Premier secrétaire idéal du PS.
Jospin: "Un premier secrétaire de transition forcément faible"
Se disant inquiet par "l'écart entre son potentiel collectif et sa panne de leadership", l'ancien Premier ministre a écrit: "Parmi leurs dirigeants actuels, les socialistes doivent choisir pour la porter à leur tête une personnalité dotée d'une culture et d'une expérience politiques indiscutables." Il faut, continue-t-il, "un chef de file reconnu qui mette chacun au travail". Un leader "qui connaisse le PS et respecte ses militants. Qui ait la volonté de redonner à tous le sens de la réflexion et de l'action collectives pour faire des propositions cohérentes au pays." Pour ce proche de Delanoë, il faut éviter l'écueil de désigner "un Premier secrétaire de transition forcément faible". "Ce serait vouer le parti à la paralysie et à la stagnation", argue-t-il. En substance, Lionel Jospin dresse ce que l'on comprend être l'anti portrait de Ségolène Royal, pour qui il n'a jamais caché son mépris.
Mardi prochain doit se tenir le Conseil national du PS, qui devra notamment entériner le calendrier de rénovation. François Hollande souhaiterait que "son" calendrier soit adopté: convention nationale cet été, congrès début novembre. Les ségolenistes penchent pour une accélération du calendrier, afin de prendre vite la tête du PS quand les anti-Royal se rangent derrière le plan du Premier secrétaire, histoire d'avoir du temps pour préparer le front contre l'ancienne candidate à la présidentielle. Dans Libération de vendredi, Razzy Hammadi, secrétaire national du PS, proche de François Hollande soulignait:" Le parti ne doit pas devenir un fan-club", une attaque limpide contre la présidente de la région Poitou-Charentes.
Dans Le Monde daté de jeudi, le député Jean-Christophe Cambadélis, présenté comme le chef de file des "reconstructeurs" (constitué de Strauss-kahnien, de Fabiusiens, d'amis d'Arnaud Montebourg et de Martine Aubry), a proposé une alliance au maire de Paris, sous certaines conditions. "S'il ne fait pas de sa candidature un préalable, nous pourrions lui tendre la main pour travailler ensemble à un texte de fond." Le même jour, dans un entretien à Paris-Normandie, Laurent Fabius affirmait, avec un brin de mauvaise foi, que le PS doit "préparer un projet différent" de celui de Ségolène Royal lors de l'élection présidentielle, car celui-ci "a été rejeté". Dans la victoire ou la défaite, au PS, la rengaine est toujours la même: manoeuvres et déchirement.

Commentaires