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31 janvier 2008

Réunis à la Sorbonne, les Progressistes, au coeur de l'actualité.

Dans une interview à Libération, Eric Besson jure que le calendrier n’a rien à voir avec les municipales. Et que son objectif n’est en rien d’irriter un peu plus ses anciens camarades socialistes. Toujours est-il que le secrétaire d’Etat à la Prospective et à l’Evaluation des politiques publiques organise aujourd’hui à la Sorbonne un colloque sur la voie progressiste, véritable lancement de son club les Progressistes. Parmi ses invités, le ministre brésilien de la Prospective Roberto Mangabeira Unger, l’anglais et théoricien de la troisième voie Anthony Giddens, ou encore Claude Allègre, toujours très courtisé par Nicolas Sarkozy. Mais surtout Tony Blair, l’ex-Premier ministre travailliste britannique, qui sera donc une nouvelle fois à Paris, après sa visite au conseil national de l’UMP le 12 janvier. François Fillon participera au raout. Nicolas Sarkozy devrait, lui, recevoir tout ce monde le soir à l’Elysée.

Mondialisation et progrès, lutte contre les inégalités, rôle de l’Etat, c’est un colloque du PS que vous organisez ! Par où passe votre «voie progressiste» ?
Je crois qu’un mouvement mondial est en train de naître sur la nécessité de réguler la mondialisation. La mondialisation existe, c’est une opportunité. Mais je constate en même temps qu’elle ne peut pas être livrée à elle-même. Le progressisme n’est ni un protectionnisme ni un libre-échangisme béat qui pense que le commerce peut tout régler. Car le capitalisme mondialisé est un fleuve impétueux, source de création de richesses, mais qui a besoin d’être canalisé pour ne pas emporter sur son passage les digues sur les questions sociales, le rôle de l’Etat, les inégalités.
Prenons le rôle de l’Etat par exemple…
Il faut passer d’un Etat stratège à un Etat prévoyance, régulateur, certainement pas un Etat providence. La question qui compte à la fin, c’est la satisfaction de l’usager, et à quel prix pour la collectivité. Je pense que pour y arriver, il faut développer les partenariats entre public et privé, un domaine où les Anglais sont à la pointe.
Supprimer des fonctionnaires dans l’éducation, c’est progressiste ?
Ce qui est progressiste, c’est d’adapter l’Etat, faire en sorte que les fonctionnaires soient mieux utilisés, mieux rémunérés et que la dépense publique baisse, car elle est objectivement trop importante.
Le progressisme en banlieues, avec des dépenses publiques qu’il faut baisser, ça donne quoi ?
Donner à chacun les outils pour maîtriser son destin s’applique particulièrement bien à la banlieue. Je pense qu’il faut y faire un vrai effort d’insertion et d’individualisation des aides. Il y a surtout besoin d’augmenter le nombre de logements sociaux en France. C’est une nécessité absolue.


La crise financière mondiale et celle de la Société générale ne vous donnent-elles pas tort sur la possibilité de réguler la mondialisation ?
Au contraire. Ces crises démontrent que la spéculation a pris un poids excessif. Comment faire pour que les grands pays se mettent d’accord sur des règles, une fiscalité, défavorables à la spéculation ? Il y a un besoin évident de régulation des règles financières internationales, mais elle ne peut se faire que de manière coordonnée. Je ne crois pas plus à la régulation du capitalisme dans un seul pays que naguère au socialisme dans un seul pays.
C’est pour ça que vous avez invité des progressistes de tous les pays et notamment Tony Blair ?
Ce qui m’intéresse chez Tony Blair, c’est l’idée selon laquelle dans la mondialisation, ceux qui restent immobiles sont mécaniquement perdants. Seuls ceux qui s’adaptent, innovent, évoluent, peuvent gagner. On peut être en désaccord avec lui sur tel ou tel point, mais sa réflexion, offensive, sur l’adaptation à la mondialisation a marqué la gauche et le centre gauche. Son réformisme assumé, son progressisme ne biaise pas avec le fait que nous nous situons dans une économie de marché. Pourquoi dans les pays du Nord de l’Europe, les gens considèrent-ils que la mondialisation est une chance, et les Français, un risque ? C’est la grande leçon de ces pays : ils sont les plus ouverts à la compétition internationale, et en même temps ils offrent les plus fortes protections sociales à leurs citoyens.
Avec une fiscalité adaptée…
C’est le gros problème pour les progressistes dans les vingt ans qui viennent : alors que la demande de protection augmente, l’acceptation de l’impôt, elle, est en train de diminuer. Il faut réfléchir à des impôts plus justes et plus indolores.
Progressisme et socialisme, c’est pour vous une rime désormais pauvre ?
Le PS n’a pas voulu arbitrer entre deux lignes contradictoires et la recherche permanente de la synthèse masquait de trop grandes divergences de fond. Et quand Ségolène Royal - par ailleurs habile et très déterminée en ce moment - redit qu’elle rassemblera d’Olivier Besancenot à François Bayrou, je pense qu’elle s’engage dans une impasse. Le paradoxe, c’est que le gouvernement Fillon est en train de mettre en œuvre des réformes qui partout ailleurs ont été menées par des sociaux-démocrates depuis quinze ans.
Nicolas Sarkozy, premier adhérent des progressistes version Besson ?
Le président de la République est un régulateur. Il plaide en permanence pour une adaptation des règles du jeu, par exemple quand il parle du G 14 pour remplacer le G 8, quand il évoque le rôle de la BCE [Banque centrale européenne] qui doit prendre en compte les problèmes de croissance et d’emploi autant que l’inflation, quand il réaffirme la nécessité d’une politique industrielle. La France est enfin en train de se mettre dans le chemin des démocraties sociales avancées.
Où en est votre rivalité avec Jean-Marie Bockel (le secrétaire d’Etat à la Coopération) pour incarner l’aile gauche du sarkozysme ?
J’ai toujours nié être en rivalité avec qui que ce soit. L’idée d’une fusion après les municipales est dans l’air.
Vous êtes donc un sarkozyste de gauche heureux ?
Quand Nicolas Sarkozy m’a demandé de le rejoindre, il m’a dit clairement : «Je ne te demande pas de te renier, de renoncer à ce que tu es. Tu es un homme de gauche, reste-le.» J’appartiens à la majorité présidentielle, mais je crois au mouvement. Et je crois que la réforme est plus prometteuse que le statu quo. Elle n’est pas forcément un sacrifice.

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