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30 août 2007

Dans une interview à Libération, Claude Allègre, ancien ministre de l’Education, analyse avec justesse la situation du Parti socialiste :

Ancien ministre de l’Education nationale, proche de Lionel Jospin, Claude Allègre, publie aujourd’hui la Défaite en chantant (1), sur la campagne de Ségolène Royal. Il livre son diagnostic sur l’état du PS et ses appréciations sur ses leaders.
Dans votre livre, vous vous montrez dur pour Royal, mais moins que par le passé. Pourquoi cette évolution ?
Mes positions n’ont pas varié. Je reste très critique sur ses capacités à devenir chef de l’Etat. Mais, contrairement à des tas de socialistes, je ne la prends pas pour une imbécile et je ne la crois pas dénuée de qualités, notamment de volonté. Elle a une gnaque pas possible. C’est quelqu’un de courageux, ce qui ne court pas les rues dans ce parti. Elle affronte les choses. Comme elle a affronté Hollande, sans complexe.
Les lacunes de sa campagne ?
Intellectuelles. Elle ne s’intéresse pas aux dossiers, uniquement à sa promotion. Elle ne cherche qu’à faire des coups en sa faveur. Elle a ­démarré par une espèce de campagne épouvantable sur les relations internationales. Puis elle a couru derrière Sarkozy. Quant aux propositions économiques et sociales : rien. Au total, elle est apparue comme insuffisante.
N’y a-t-il pas une contradiction à expliquer qu’elle est «affaiblie», mais qu’elle «a les plus grandes chances de manger» les autres dirigeants du PS ?
Elle a été battue, les choses tanguent. Les caciques du PS, après en avoir dit pis que pendre, puis expliqué qu’elle était formidable, recommencent à en dire pis que pendre. Donc, elle est affaiblie. Mais, sinon, elle les aurait déjà mangés tout crus.

C’est finalement avec François Hollande que vous êtes le plus sévère…
Il est le responsable principal de toute cette pagaille. Il a joué au plus fin avec tout le monde, et il a perdu. Il est allé chercher Jospin, il a encouragé sa compagne… Il pensait que plus le marigot était rempli de crocodiles, plus il avait de chances. Il a foutu un bordel noir.
Peut-il aujourd’hui poser les bases de la fameuse rénovation du parti ?
Faute de trouver quelqu’un pour le remplacer, il peut être le dénominateur commun. On a connu ça avec Guy Mollet : à chaque fois, il y a eu des rénovateurs pour le contester. Et, à chaque fois, il s’en est sorti… Hollande a menti à tout le monde, et plus personne ne lui fait confiance. Mais il a encore la moitié des secrétaires fédéraux avec lui, et une base militante. Il demeure très fort dans le parti. Il pourrait devenir le mouton enragé du film.Pourquoi êtes-vous si dur avec les «jeunes lions», que vous qualifiez de «jeunes chacals» ou «hyènes» ?
Ils n’ont pas la moindre idée. Valls propose de remplacer le mot «socialisme» par «gauche», Montebourg, comme d’habitude, veut changer la Constitution… Il n’y a rien. C’est le vide. La rénovation du PS, ce n’est pas eux. Plutôt des jeunes comme Razzye Hammadi, Bruno Julliard… Ou Benoît Hamon. Même s’il est un peu vieux…
Même votre ami Jospin est égratigné…
Il a sa part de responsabilité. Lucidement, il pensait que les Français ne lui pardonneraient jamais son départ du 21 avril. Et il n’est entré dans la danse que parce que Hollande est venu le chercher. Mais il avait perdu la sensibilité du parti. Il a très mal jugé les militants, les cadres, les dirigeants. Ce qui l’a amené à de fausses analyses. Il était persuadé que DSK et Fabius se désisteraient en sa faveur… Il s’est planté.
Finalement, celui avec lequel vous vous montrez le plus clément est Nicolas Sarkozy… Seriez-vous devenu sarkozyste ?
Je ne suis pas devenu de droite. Je me considère toujours comme socialiste. Mais je ne cotiserai plus. Je ne dis pas que Nicolas Sarkozy me séduit, mais qu’il m’impressionne. Même si je considère qu’il a échoué en tant que ministre de l’Intérieur, sur la sécurité et sur la Corse.
Quelle est votre opinion sur l’ouverture ?
Le parti a traité Kouchner ou Jouyet [secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, ndlr] de telle manière qu’il n’a rien à ­dire : jamais utilisés, jamais consultés… Ségolène s’est conduite d’une manière innommable. Et puis, l’ouverture, tous les présidents l’ont tentée : De Gaulle, Mitterrand, Chirac… Sarkozy a fait comme eux.
Et Rocard, qui intègre une commission sur l’éducation ?
Il est anormal qu’on trouve ça anormal. Dans toutes les démocraties, dans les commissions de réforme, on met des gens de la majorité et de l’opposition.
Vous qui aviez rencontré Sarkozy, céderiez-vous à l’ouverture ?
Ce n’est pas à l’ordre du jour. Mais l’avenir n’est écrit nulle part.
Le PS survivra-t-il ?
Le parti s’en sortira. Mais pas de sitôt. La situation de la gauche est comparable à celle du parti conservateur quand Tony Blair a gagné. La rénovation prendra dix ou quinze ans.
(1) Entretien avec Dominique de Montvalon. Plon.

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