Kouchner quitte Beyrouth après une mission "difficile"
Le chef de la diplomatie française, Bernard Kouchner, a achevé dimanche à Beyrouth une mission au Liban qu'il a qualifiée de "difficile", après avoir averti qu'une reprise de la guerre menaçait si la crise n'était pas surmontée rapidement.
"Il ne s'agissait que d'une étape, n'attendez pas de moi la solution aux problèmes du Liban, cela viendra", a déclaré M. Kouchner avant de quitter le Liban pour l'Egypte.
Selon les agences de presse, le ministre français a cependant fait état d'une "ouverture" après avoir réuni dimanche pour un déjeuner les dirigeants des partis politiques libanais, de la majorité comme de l'opposition, alors que tout dialogue est rompu entre les deux camps depuis plus de huit mois.
"Si les Libanais ne réussissent pas ce dialogue nécessaire, malheureusement ce sera encore la guerre", avait-il averti samedi.
Il a une nouvelle fois mis en garde dimanche contre le risque d'un retour de la violence.
"Malheureusement, ce n'est pas impossible. En 64 ans d'existence, le Liban a connu 32 années de guerre", a-t-il dit. "Je sais comment cela dégénère très vite, les atrocités, les massacres de part et d'autre, on ne sait pas comment ça s'arrête et ça peut s'arrêter dans la violence".
"Il faut faire pression pour que l'environnement (du Liban), c'est-à-dire, soyons clairs, la Syrie et l'Iran, ne puisse exercer une influence qui conduirait vers la guerre", a ajouté en soirée Bernard Kouchner, arrivé en Egypte, où il rencontré son homologue Ahmed Aboul Gheit.
Au Caire, il doit aussi s'entretenir avec le ministre saoudien des Affaires étrangères, Saud al-Fayçal, et le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa.
La mission de M. Kouchner au Liban faisait suite à la réunion organisée à la mi-juillet à la Celle Saint-Cloud, près de Paris, entre tous les courants politiques libanais.
La France espère susciter une reprise du dialogue entre la majorité anti-syrienne, soutenue par les Occidentaux et la plupart des pays arabes, et l'opposition, menée par le Hezbollahchiite, alliée de Damas et Téhéran.
"Nous avons réuni les commandants, ils étaient tous là, ils se sont parlés, comme les lieutenants à la Celle Saint-Cloud (...). Mais cette fois, c'était les commandants, voilà la nouvelle étape et elle a été franchie", a encore déclaré M. Kouchner à Beyrouth.
"Je savais que ce serait difficile, et ce fut très difficile", a-t-il reconnu, déplorant l'absence de "confiance" entre les communautés libanaises.
Il a ajouté qu'il reviendrait au Liban "avant la fin du mois d'août (...) vers le 15, 20, 25", et qu'une nouvelle réunion à Paris était envisagée.
La crise a éclaté en novembre 2006 avec la démission des six ministres pro-syriens, dont cinq chiites. Elle a ponctuellement été accompagnée de violences qui ont ravivé le spectre de la guerre civile (1975-1990).
L'opposition ne reconnaît plus la légitimité du gouvernement de Fouad Siniora et réclame un gouvernement d'union nationale dans lequel elle aurait un poids accru, en préalable à une reprise du dialogue.
La majorité propose une solution associant, simultanément, la formation d'un nouveau gouvernement et la garantie de la part de l'opposition qu'elle assurera au Parlement le quorum nécessaire à l'élection présidentielle prévue à l'automne, afin de remplacer le chef de l'Etat pro-syrien Emile Lahoud.
Le gouvernement d'union et l'élection présidentielle ont été au centre des entretiens, sans qu'aucune avancée concrète ne soit annoncée.
La présidentielle s'impose comme une échéance déterminante puisqu'en cas d'échec le pays plongerait dans un dangereux vide institutionnel.
Au cours de son séjour, M. Kouchner a notamment rencontré le Premier ministre Fouad Siniora, le président du Parlement et personnalité de l'opposition chiite Nabih Berri, le chef de l'opposition chrétienne Michel Aoun et le chef de la majorité parlementaire Saad Hariri. Il a aussi reçu deux représentants du Hezbollah, dont le ministre démissionnaire Mohamad Fneich.
Les Etats-Unis viennent de polariser un peu plus l'échiquier régional en débloquant plusieurs miliards d'aide militaire à ses principaux alliés. Dans ce contexte, pourquoi les protagonistes qui prennent le Liban en otage devraient relacher leur étreinte ?
Rédigé par: Nicolas Tribut | 31 juillet 2007 at 11h21