Ce matin Eric Besson était sur Canal+
Depuis février dernier, tout le monde ou presque connaît E ric Besson, contrairement à ce qu’affirmait Ségolène Royal à l’époque. Il fut le premier des socialistes à claquer la porte et à rejoindre Nicolas Sarkozy. Une attitude beaucoup critiquée à l’époque, mais beaucoup imitée depuis. Aujourd’hui, dans la nouvelle équipe gouvernementale, il donne son expertise en matière économique. Les conclusions qu’il tire aujourd’hui sont-elles les mêmes que celles qui défendaient lorsqu’il était au PS ? On le demande tout de suite à E. Besson, le secrétaire d’Etat chargé de la Prospective et de l’Evaluation des politiques publiques. Il est notre invité ce matin. E. Besson, bonjour, merci d’être avec nous. Tout d’abord, j’aimerais préciser un petit peu vos fonctions dans ce nouveau Gouvernement, parce que le titre n’est pas forcément très clair. Vous êtes donc secrétaire d’Etat chargé de la Prospective et de l’Evaluation des politiques publiques. Concrètement, ça consiste en quoi ?
La prospective c’est d’essayer de réfléchir à ce que sont les réformes qu’il faut faire maintenant pour que notre pays aille mieux dans cinq ans, dans dix ans ; c’est de réfléchir à toutes les conséquences prévisibles d’un certain nombre de phénomènes. Par exemple, le vieillissement. Il est déjà inscrit dans notre démographie ; quelles conséquences aura-t-il, etc. ? Ca, c’est toute la dimension prospective. Vous savez, la France a été longtemps pionnière en la matière, ça s’appelait le Commissariat général au Plan, maintenant ça s’appelle le Conseil d’analyse stratégique, c’est prévoir l’avenir. L’évaluation des politiques publiques c’est simplement vérifier que l’argent public est bien dépensé et qu’il produit ses effets au sens où il rend le service au public qui est attendu. C’est ce que le Gouvernement à la demande du Président de la République a lancé, cette grande révision générale des politiques publiques que nous menons actuellement. Et puis, par ailleurs…
… Travail que vous pouvez peut-être même faire en partenariat avec la Cour des Comptes parfois ?
Parfois, absolument, puisque la Cour des Comptes a sur certains aspects un rôle éminent à jouer. Et puis, il y a à côté de ce cœur de métier, la prospective et l’évaluation des politiques publiques, des missions ponctuelles que le Premier ministre peut me confier. Il y en a une
actuellement que je mène sur ce qu’on appelle la TVA sociale ; il y en a une autre qui m’a été demandée sur la Journée de solidarité, que dans le grand public on appelle le lundi de Pentecôte. C’est-à-dire qu’il me demande de travailler sur des sujets qui sont importants économiquement mais qui sont à la frontière évidemment de l’économie et de la politique en permanence.
Très bien, eh bien comme ça c’est clarifié. La TVA sociale, justement, on va en reparler dans quelques instants. D’abord j’aimerais avoir votre sentiment sur le dernier chiffre du chômage qui vient de tomber puisque le taux de chômage a officiellement baissé de 1,2 % en juin. Est-ce que vous croyez à ces nouveaux chiffres, parce qu’en 2005 vous déclariez : « Le Gouvernement persévère dans sa volonté de baisser le chômage par ordonnance avec un mélange de stages, de radiations administratives et de créations d’emplois aidés » ; vous parliez d’une « irréalité de la baisse du chômage » ?
Oui, c’était à l’époque d’un plan très précis. Sur la tendance, elle est incontestable. Le Premier ministre a demandé d’ailleurs qu’il y ait une vérification des chiffres pour que le baromètre ne soit plus jamais contesté, que ce soit bien quelque chose qui mette d’accord tout le monde. Mais sur la tendance, qu’elle soit légèrement plus haute ou légèrement plus basse ne change rien à la courbe : oui, le chômage est en train de baisser actuellement en France.
Et est-ce que, selon vous, c’est la cause d’une politique ou d’une conjoncture ?
Les deux. Lorsque la croissance est bonne, ce qu’elle est plutôt actuellement, lorsque par ailleurs il y a un certain nombre de mesures dites structurelles d’incitation au retour de travail qui ont été prises, ça produit ces effets. Et puis, il y a, dernièrement, une croissance mondiale, reconnaissons-le, qui est forte. Tout ça contribue à cette baisse du chômage.
Ce que vous dites c’est une manière un peu de saluer le travail qui a été fait depuis un an, depuis deux ans, dans le précédent Gouvernement.
Vous savez, lorsque vous êtes en démocratie, vous avez beau critiquer le Gouvernement en place, qui est la vocation de l’opposition - ce n’est pas seulement un jeu de rôle, c’est la vocation d’une opposition d’être un aiguillon ; moi je trouve normal actuellement que le Parti socialiste joue ce rôle d’aiguillon et de critique. Ben oui, vous critiquez, et puis à la fin, vous pouvez reconnaître un certain nombre d’éléments. Mais vous avez raison sur un point quand même, je vais être honnête, je ne ferai plus jamais de la politique de façon aussi caricaturale que j’ai pu en faire à certains moments, lorsque désireux de prouver à tout prix que le Gouvernement avait tort, j’ai moi-même, je le reconnais, poussé trop loin le bouchon sur un certain nombre de sujets. J’en ai tiré les leçons et dans le rôle qui est le mien aujourd’hui, et si à l’avenir je devais un jour me retrouver de nouveau dans l’opposition, je ne ferai plus de la politique comme dans le passé, vous avez raison.

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