Fondation Hamon: Après Pasqua, Santini est mis en examen
C'est l'histoire d'un musée fantôme qui fait trembler Charles Pasqua et André Santini. Le député-maire UDF d'Issy-les-Moulineaux vient d'être mis en examen dans le dossier judiciaire de la fondation Hamon, un centre d'art contemporain qui devait voir le jour sur l'île Saint-Germain mais n'a jamais été construit. Soupçonnant des malversations financières en marge de ce projet, la juge d'instruction de Versailles Nathalie Andreassian avait déjà mis en examen, la semaine dernière, l'ancien président du conseil général.
Plusieurs hauts fonctionnaires de l'hôtel du département en charge du dossier ont aussi été entendus par la justice depuis l'ouverture, le 26 août 2003, d'une information judiciaire contre X pour faux, usage de faux, abus de biens sociaux et escroquerie.
Actuellement en mission en Corée, André Santini avait visiblement préparé sa défense depuis quelques jours. C'est via son directeur de cabinet qu'il nous a fait parvenir, hier, un communiqué rédigé à l'avance. « Il m'appartient d'apporter toutes les réponses que se pose la justice afin de démontrer que ni le département ni la commune et leurs collaborateurs, ni moi-même, n'avons commis la moindre irrégularité », écrit l'élu UDF. La commune d'Issy-les-Moulineaux et le conseil général, alors présidé par Charles Pasqua, s'étaient associés en décembre 2000 au sein d'un syndicat mixte en vue de construire le fameux musée. L'homme d'affaires et collectionneur Jean Hamon, mis en examen dans l'affaire, avait en effet légué au syndicat 192 tableaux et sculptures pour un montant de 7,5 millions d'euros. Le permis de construire du musée ayant été annulé, la fondation d'art contemporain est mort-née. « La donation a fait l'objet de dépenses facturées par le donateur, note André Santini. Certaines ne seraient pas fondées juridiquement. » 750 000 € auraient en fait été réglés par le syndicat pour des frais de garde et d'animations autour de la collection, conservée dans le château du mécène à Bullion (Yvelines). « Jean Hamon conteste tout détournement de fonds publics et n'a agi que sur instruction du président et du vice-président du syndicat, notamment lorsqu'il a fallu engager une personne à la demande de monsieur Santini pour le compte de la fondation », détaille l'avocat du mécène.
« Aucun contrôle n'était effectué » Dans un compte rendu transmis à leur hiérarchie en janvier dernier, les policiers chargés de l'enquête reviennent sur les relations particulières qu'entretenaient le mécène et les deux élus. « Il est patent que monsieur Hamon a profité de l'enveloppe budgétaire allouée par le syndicat mixte pour régler une partie des frais de fonctionnement de Liseclaire (NDLR : l'une des sociétés de Hamon) ainsi que le coût d'entretien et de gestion de l'intégralité de sa collection d'oeuvres d'art. » Interrogée par les enquêteurs, la directrice générale adjointe des services leur aurait confié que « lors de la présentation des factures des sociétés au syndicat, aucun contrôle de la réalité du service n'était effectué ». Ce qui ne manque pas d'intriguer les policiers. « Il semblerait qu'une relation extraordinaire existe entre Jean Hamon, le président et le vice-président du syndicat, tous deux signataires de bons de commande au nom du syndicat pour les sociétés Liseclaire et Art et Concept (NDLR : les deux sociétés de Jean Hamon) ou de factures adressées par ces entreprises au syndicat. Il n'est pas habituel que des fonds publics, même votés, soient libérés sans aucun contrôle. » D'après les enquêteurs, « les déclarations de messieurs Pasqua et Santini permettraient peut-être d'apporter des explications cohérentes à ces faits, que l'on peut qualifier, pour l'heure, de détournements de fonds publics ».
Article publuié dans le quotidien Le Parisien
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