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20 avril 2006

Une analyse inédite de Florent Gougou, du Cevipof concernant les cantonales partielles de Sèvres.

J'avais proposé, au lendemain des élections cantonales, au Cevipof, de s'interesser au résultat des élections cantonales partielles de Sèvres. Florent Gougou, allocataire du Cevipof, a bien voulu travailler sur le sujet. Il est venu présenter le 17 mars dernier, lors d'une passionnante assemblée convoquée par l'association Sèvres Demain, le fruit de ses réflexions.
Son travail, éclaire librement les résultats. Il sera pour tous les citoyens engagés, un outil de réflexion.
Au nom de l'association Sèvres Demain, je l'en remercie.

L’ÉLECTION CANTONALE PARTIELLE DE SÈVRES : UNE ÉLECTION POUR EN PRÉPARER D’AUTRES ?

Il est rare de s’intéresser aux résultats d’une élection cantonale partielle. Il est vrai que les élections cantonales ne suscitent pas autant d’intérêt que les élections nationales ou les autres élections locales, situation qui résulte tout autant de l’image archaïque de leur système électoral 1 que de leurs conditions d’organisation. Bien que leur mode de scrutin uninominal à deux tours les rapproche indiscutablement des élections décisives dans l’attribution du pouvoir national, les législatives et l’élection présidentielle 2, le principe du renouvellement partiel des conseillers généraux, par moitié tous les trois ans, en réduit considérablement les enjeux, en particulier quant à la composition des assemblées départementales. Qui plus est, et ce depuis les élections du printemps 1998, le renouvellement des deux séries de cantons coïncide soit avec les élections municipales soit avec les élections régionales. Or ces dernières focalisent le plus souvent l’attention des médias (du moins nationaux), dévalorisant de fait les cantonales.
L’élection cantonale partielle de Sèvres mérite pourtant un peu d’attention.

La cause de l’élection, le décès inattendu de Jean Caillonneau. Le 11 novembre 2005, le décès du conseiller général UDF de Sèvres entraînait une vacance de son siège au Conseil général des Hauts-de-Seine. Conformément aux dispositions prévues par le code électoral, une élection cantonale partielle était organisée dans les trois mois, les 22 et 29 janvier 2006. Celle-ci était remportée par le maire UMP de Sèvres, François Kosciusko-Morizet, déjà successeur de Jean Caillonneau à la mairie en 1995. Un résultat logique aux yeux des partisans du maire, dans la mesure où le maire de Sèvres est traditionnellement conseiller général de la commune. Un retour sur cette élection n’en reste pas moins important, notamment dans la perspective des prochaines municipales. Il faut dire que les frontières de la commune de Sèvres sont celles du canton, et que tous les protagonistes déclarés étaient déjà en ordre de marche.

L’offre électorale, un condensé de l’histoire politique récente de Sèvres. La succession de Jean Caillonneau au Conseil général ne va pas sans poser problème pour la droite locale. Face à la candidature du maire en exercice, l’UDF décide d’investir son propre candidat dans l’espoir de ne pas perdre le mandat de conseiller général, après avoir dû céder la mairie. Mais la personnalité de ce candidat laisse les observateurs perplexes : Bernard Fontaine, l’ancienne tête de liste PS aux municipales de 1995. À gauche, les tentatives pour présenter un candidat commun échouent. Résultat, pas moins de cinq candidats. Par rapport à la dernière cantonale sont confirmés Jacques Blandin pour le PS et Boumeddine Chakouri pour le PC. Déjà candidat à de nombreuses reprises à Sèvres, Frédéric Puzin est investi par les Verts. Le PRG présente en revanche un nouveau venu, Romain Carayol. Mais la plus grande surprise reste la candidature de Roger Fajnzylberg, ancien maire communiste de la commune entre 1978 et 1983, soutenue par l’association Sèvres Demain. Enfin, l’extrême droite confirme sa présence aux cantonales, mais le FN, représenté par Jean Bardot, ne subit pas cette fois la concurrence du MNR.

La campagne électorale, les élections municipales à l’horizon. Les élections partielles ne ressemblent pas aux autres élections. Dans une France marquée par le jacobinisme, toutes les élections sont organisées dans un cadre national, sauf les partielles. Dès lors, la campagne électorale d’une élection partielle s’articule essentiellement autour d’enjeux locaux. Mais sa durée limitée ne se prête pas à la discussion du bilan des équipes en place. Ainsi, à Sèvres les opposants du maire se sont surtout focalisés sur son goût immodéré pour les présidences et son style de gouvernement. Mais les tensions ont été très vives entre les candidats de gauche, conscients que le résultat de la cantonale partielle serait une étape décisive dans la préparation des municipales. Tous avaient compris qu’elle serait de facto une « primaire » à gauche. De son côté, François Kosciusko-Morizet a pu présenter sa candidature comme une candidature « naturelle », et bénéficier de sa position institutionnelle pour lui donner une grande visibilité.

Les résultats du premier tour, la qualification de François Kosciusko-Morizet et de Jacques Blandin. La faiblesse de la participation (37,1 % des inscrits) est indéniable, mais elle doit être mise dans le contexte d’une élection peu médiatisée, et dont l’enjeu est souvent resté difficile à cerner. Toutes les couches sociales n’ont pas été touchées de la même manière par cette faible mobilisation, les milieux favorisés marqués à droite se mobilisant un peu plus que la moyenne (+ 4,5 points pour le bureau 4, + 4,1 pour le bureau 6). À l’issue du premier tour, le maire de Sèvres obtient 45 % des suffrages exprimés et devance très largement les autres candidats. De son côté, Bernard Fontaine ne peut pas rassembler plus de 6,9 % des suffrages exprimés. Ce premier tour est un échec pour l’UDF, qui perd dès le premier tour son fauteuil de conseiller général et doit regretter que ses élus municipaux se soient rangés derrière la candidature du maire UMP de la commune. Le candidat du FN recueille pour sa part 5,1 % des suffrages, confirmant la difficulté de l’extrême droite à s’implanter à Sèvres. Avec 20,8 % des exprimés, le socialiste Jacques Blandin est sans conteste le premier candidat de gauche. Avec 9 %, Roger Fajnzylberg témoigne d’une bonne implantation locale mais ne peut menacer plus sérieusement le candidat socialiste. Constat encore plus cruel pour Frédéric Puzin, qui avec 7,2 % reste 11,4 points en-deçà de la performance de la candidate verte Claudine Cormerais au premier tour de l’élection cantonale de 2001, alors même que la défaite de cette dernière au second tour de cette élection, à 50 voix près, avait laissé entrevoir aux Verts la conquête du canton. Déception également pour le PC, Boumeddine Chakouri reculant de près d’un point sur 2001. Enfin, Romain Carayol ferme la marche avec 1,7 % des suffrages exprimés.

La campagne entre les deux tours, l’union retrouvée à gauche. Entre les deux tours, les candidats de gauche éliminés se désistent unanimement en faveur de Jacques Blandin. Ils affichent une volonté d’union qui tranche nettement avec les querelles de la campagne. Chacun semble avoir joué sa carte personnelle dans la perspective des prochaines municipales et s’être rendu à l’évidence que l’étiquette PS accorde un avantage conséquent à celui qui en dispose. À droite, l’UDF des Hauts-de-Seine appelle à voter pour le maire de Sèvres afin de consolider la majorité départementale. A l’inverse des candidats de gauche, François Kosciusko-Morizet et Bernard Fontaine ne tiennent pas de meeting commun, mais il faut rappeler que le maire de Sèvres est soutenu depuis le début de la campagne par les élus UDF du Conseil municipal.

Les résultats du second tour, des interrogations sur le score de François Kosciusko-Morizet. Avec 38,4 % de votants, la participation grimpe certes de 1,3 point sur le premier tour, mais les tendances déjà observées sont confirmées : ce sont toujours les bureaux de vote marqués à droite qui sont les plus mobilisés. Avec 55,6 % des suffrages exprimés, François Koscisuko-Morizet remporte largement l’élection. Il recule certes de 2,5 points sur son score des dernières municipales, mais conserve une avance supérieure à 10 points sur son opposant de gauche, un matelas confortable avant les prochaines échéances électorales. L’évolution du score du maire de Sèvres entre les élections municipales et l’élection cantonale résulte de la combinaison de deux forces contraires. L’état de grâce qui avait porté François Kosciusko-Morizet à la fin de son premier mandat municipal s’est lentement estompé, mais les conditions spécifiques de l’élection cantonale lui ont permis de ralentir les effets de l’usure du pouvoir. En effet, la faiblesse de la participation électorale, inhérente à toute élection partielle, lui a été plus favorable qu’à ces concurrents de gauche, dans la mesure où elle s’est traduite par une sur-mobilisation des bureaux de vote marqués à droite.

Conclusion et perspectives, l’importance des élections du printemps 2007. L’élection cantonale partielle a permis de régler de manière définitive la succession de Jean Caillonneau au profit de François Kosciusko-Morizet. Le maire de Sèvres profite ainsi de cette partielle pour renouer avec la vieille tradition sévrienne d’un maire conseiller général. Mais quelles leçons peut-on tirer de cette élection quant aux prochaines élections municipales ? Plusieurs scénarios se dessinent en fonction des événements qui se dérouleront au printemps 2007. Naturellement, la couleur et la situation du nouveau gouvernement avant les élections locales de 2008 seront déterminantes, mais à Sèvres se posera également la question d’éventuelles divisions au sein de la droite. Si le nouveau gouvernement aborde les prochaines échéances électorales locales dans une situation d’impopularité, la campagne électorale municipale laissera peu de place aux débats locaux et l’opposition parlementaire partira favorite. Si la droite est dans l’opposition, le maire de Sèvres sera bien placé pour entamer un troisième mandat. Mais si la gauche reste dans l’opposition, il sera dans une situation plus compliquée, dont l’issue dépendra de sa capacité à résister à l’usure du pouvoir et de la stratégie adoptée par la gauche sévrienne. En revanche, si le nouveau gouvernement n’est pas impopulaire, la campagne municipale à Sèvres donnera la part belle aux enjeux locaux et à la discussion du bilan de la majorité sortante. Là encore la capacité de résistance à l’usure du pourvoir et les qualités de gestionnaire de l’équipe Kosciusko-Morizet seront décisives, mais tout autant que sa capacité à rassembler à droite et à éviter des candidatures dissidentes. Car il ne fait jamais oublier que les électeurs sanctionnent toujours une majorité sortante qui se présente divisée. Dans toutes ces hypothèses, les forces de gauche font face au défi de l’union. Compte tenu du mode de scrutin en vigueur pour les élections municipales, elles sont contraintes de s’entendre pour reconquérir la mairie dans une ville où la droite est régulièrement majoritaire.

Florent GOUGOU
Allocataire de recherche au CEVIPOF

NB : Cette analyse reprend une partie d’un commentaire paru sous la forme d’une Note et Etude du CEVIPOF (XVIII), http://www.cevipof.msh-paris.fr/publications/notes_etudes.html

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Voici les sites qui parlent de Une analyse inédite de Florent Gougou, du Cevipof concernant les cantonales partielles de Sèvres.:

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