Quelle image de l'Islam
Je vous propose cet article paru dans le quotidien Le Soir d"Algerie.com, publié le 16 mars dernier sous la signature de Hassane Zerrouky
Sadr-City, faubourg de Baghdad, fief de l’imam Moktada Sadr, où vit plus d’un million de chiites, a été le théâtre d’un triple attentat faisant plus de 60 morts et 200 blessés, tous chiites. De nouveau, Moktada Sadr a critiqué le refus des oulémas sunnites de condamner sans équivoque les auteurs de ces attentats, leur demandant une fois encore de se démarquer des «takfiri».
Ce carnage, qui s’ajoute à d’autres ayant fait autant de victimes civiles chiites, n’a naturellement suscité aucune condamnation de la part de l’Islam sunnite officiel dans le monde arabe et musulman. Bien évidemment, les images de ces carnages diffusées par les médias occidentaux donnent du crédit à ceux pour qui l’Islam est la cause de cette situation. Dans un sondage publié par le Washington Postde jeudi dernier, 46% des Américains ont une opinion négative de l’Islam, soit sept points de plus qu’en septembre 2001. Ils sont plus de 30% à estimer que l’Islam encourage la violence, soit deux fois plus qu’en 2001. Pour ce journal, les prises d’otages par des groupes islamistes radicaux, les violentes manifestations dans le monde musulman provoquées par la publication des caricatures ne sont pas étrangères à la montée du sentiment anti-islamique aux Etats-Unis.
Réagissant à ce sondage négatif, James Zogby, citoyen américain d’origine arabe, président de l’Arab American Institute (Institut des Arabes américains), explique ne pas être surpris. Il en impute la responsabilité aux médias américains qui, selon lui, caricaturent la réalité de l’Islam et des pays arabes, notamment depuis 2001. Sans doute. Mais cela n’enlève rien au fait que ceux qui s’expriment, sans qu’on le leur ait demandé, au nom de l’Islam et des musulmans, n’ont jamais condamné de manière explicite les groupes islamistes radicaux auteurs de ces crimes ni appeler les musulmans à manifester publiquement contre les tueurs islamistes. Bien au contraire, dans les prêches diffusés lors des grandes prières du vendredi, ils sont passés maîtres dans le mélange des genres, justifiant ces crimes en les imputant tantôt à l’occupation américaine, tantôt, à une réaction défensive à l’endroit des «laïcs et démocrates occidentalisés» opposés à l’instauration d’un Etat islamique. Or, quand des forces politiques prennent en otage une religion, pour imposer, au nom de Dieu, un ordre socio-politique interdisant de fait toute forme de liberté, sauf celle de s’enrichir bien sûr, légitimant la ségrégation des sexes, stigmatisant au passage tous ceux qui luttent pour la démocratie et la justice sociale comme étant des impies, je ne pense pas que cela contribue à améliorer l’image de l’islam. Quant des groupes islamistes diffusent par vidéo des exécutions d’otages occidentaux sans que cela suscite aucune indignation de la part des dignitaires religieux basés à El Azhar ou ailleurs, il ne faut pas s’étonner que cela contribue à une vision négative d’une religion pratiquée par des millions de personnes. Et quand on voit ces images montrant Ali Benhadj congratuler Abdelhak Layada, alors que Mohamed Benchicou demeure en prison et que 18 journalistes risquent de remplacer les terroristes amnistiés à Serkadji ou à El Harrach, on ne peut pas logiquement affirmer que cela contribue à donner de l’Islam et des régimes musulmans une image positive. Certes, on peut toujours se défendre et affirmer que les Occidentaux ont toujours décrié l’Islam et les pays arabes. Mais que fait-on de positif chez nous et dans le monde arabe pour contredire une telle image ! Interdire la libre confrontation des idées, verrouiller le champ médiatique et politique, jeter l’anathème sur les frères Ghaleb et Soheib Bencheikh, et autres penseurs progressistes musulmans qui luttent pour un islam des lumières, donnent de nos pays une image négative bien réelle. Prétendre alors que ces médias caricaturent les régimes arabes et musulmans ne résiste pas à l’épreuve des faits.
H. Z.
Commentaires